Interview : Amélie – Cercles de femmes

J'ai interrogé Amélie sur les cercles de femmes car j'avais participé à quelques cercles à Paris ou sur internet, et j'avais envie d'en savoir plus.

Table des matières

cercles de femmes

Depuis cette interview, j’ai suivi la formation de Amélie pour créer et animer un cercle de femmes.

Où trouver Amélie Chambinaud ?

Son site internet : http://ameliechambinaud.fr

Facebook : https://www.facebook.com/j.enchante.ma.grossesse/

Instagram : https://instagram.com/ma_voix_est_libre

Interview réalisée le 18/04/2022

Qui es-tu ?

Comme j’avais répondu à ton interview concernant le chant, et le chant prénatal, je vais reprendre ma première description : je suis Amélie Chambinaud, artiste musicienne, j’ai 38 ans, je vis à Nîmes, je suis la mère d’une enfant de 4 ans. Et je la complète en racontant mon lien avec les cercles de femmes. Je suis de nature assez curieuse, et j’aime apprendre, découvrir de nouvelles choses. 

Je pense que mon approche des cercles de femmes est féministe avant d’être « féminin sacré » ou « féminin sauvage » (principes que j’ai d’ailleurs bien du mal à définir). Quand j’étais enceinte, j’ai souhaité un blessing way. Il s’agit d’une fête de célébration de la femme enceinte, peu de temps avant son accouchement. Mon anniversaire avait lieu un mois avant mon terme. C’était l’occasion parfaite pour cela ! Et j’ai adoré passer l’après-midi entre femmes.

Ensuite, 6 mois après la naissance de ma fille, j’ai ressenti le besoin de prévoir des moments « pour moi ». Je me suis donc inscrite à un cycle de 9 cercles de femmes, proposé près de chez moi.

Et il y a un an, j’ai à nouveau goûté au plaisir et au repos d’un week end en non-mixité choisie, sans hommes cis. Il s’agissait d’un week end de formation en autodéfense féministe. Au premier abord, on pourrait penser que l’on est bien loin du « cercle de femmes ». Et pourtant ! En plus des outils concrets d’autodéfenses verbale, physique, mais aussi émotionnelle et psychologique que j’ai appris ce week end là, j’ai été impressionnée et inspirée par la qualité d’accueil, d’écoute et de cadre de la formatrice. Il y a clairement eu pour moi un « avant » et un « après » cette formation… En rentrant, j’ai noté dans ma liste de « choses à faire plus souvent » : passer des moments sans hommes cis.Début d’été suivant, une amie, qui vit à 400km de moi, me contacte en me disant que deux places viennent de se libérer pour la transmission « animer un cercle de femmes » proposé par Ophélie Célier dans la Creuse, fin août… L’idée d’y participer toutes les deux nous séduit !! Nous nous inscrivons… Et la veille de la formation, mon amie, qui traversait une période difficile, m’annonce qu’elle ne viendra finalement pas. Sans elle, jamais je ne me serais inscrite à cette transmission. J’ai passé trois jours merveilleux. Pas toujours faciles, car je suis arrivée en étant bien en vrac, physiquement et émotionnellement. Les introspections, les activités partagées, les échanges avec les autres participantes et la qualité d’accueil, d’écoute et de cadre d’Ophélie m’ont été ici aussi grandement bénéfiques. Et c’est ainsi que dix jours plus tard, je proposais mon premier cercle à Nîmes.

Qu’est-ce qu’un cercle de femme ?

Il s’agit…. de se retrouver entre femmes, de tous âges, et de nous asseoir en cercle ! Bon, je plaisante, ce n’est pas seulement ça ! Mes cercles durent 2h30. Ils commencent par un tour de météo intérieure, et une petite activité d’ancrage (en général une courte méditation) pour faire la transition entre notre journée, notre quotidien, et ce moment hors du temps. Je rappelle le cadre du cercle : la confidentialité, le fait de parler en son nom propre, de sa propre expérience. La bienveillance et le non-jugement… envers les autres, bien sûr, mais aussi autant que possible envers soi-même. Puis vient le temps de cercle de parole en tant que tel. Chacune prend la parole, sur une durée définie, moi y compris, pour y déposer sa vérité, ce qui est présent pour elle sur le moment. Souvent je propose deux tours de parole. Puis nous quittons le cercle de paroles et je propose une activité créative : à base d’écriture, de dessin, collage, méditation en mouvement,… Ce que je propose est très varié. J’aime que les cercles puissent aussi me permettre d’être créative. Et nous finissons généralement par un chant. 

Les cercles de femmes sont inspirés d’anciennes traditions selon lesquelles les femmes se retrouvaient entre-elles, généralement pendant leurs menstruations. On sait que les cycles menstruels des femmes vivant ensemble s’accordent. Aussi l’on peut imaginer que dans un village ou dans une communauté, toutes les femmes menstruées aient leurs règles au même moment. C’était l’occasion pour elles de partager, déposer leurs émotions et transmettre leurs savoirs autour de rituels.

Mes cercles accueillent les femmes de toute origine, religion, orientation sexuelle, dont les femmes trans et les personnes non-binaires, à partir de l’adolescence et sans limite d’âge.

Certaines ont peut-être entendu parler des « tentes rouges ». La principale différence est le cadre : comme son nom l’indique, la tente rouge se passe… dans une tente rouge, avec en général, des éléments de décoration rouges, voir, la demande que les participantes portent un vêtement ou accessoire rouge, en référence symbolique aux règles.

Existe-t-il plusieurs types de cercles ?

Oui ! Si l’on veut y associer les couleurs symboliques, il y a les tentes rouges (cercles de femmes), les tentes roses (cercles de jeunes filles, avec la possibilité d’un grand volet de transmission d’informations, sur le cycle menstruel, la sexualité, etc.), les tentes argentées (cercles de femmes ménopausées), les tentes blanches (cercles d’hommes), … ; il existe également les cercles couples, les cercles queer, les cercles sur l’entreprenariat, ou encore pour femmes enceintes, et cercles « mamans-bébés »,… Là, je parle des publics auxquels s’adressent les cercles.

Ensuite sur les contenus, il peut y avoir des cercles ouverts (on s’inscrit au coup par coup) et les cercles fermés (on s’engage dès le départ sur 3, 6, 9, 13 cercles, selon les formules proposées). Il y a des cercles avec un thème prédéfini, d’autres qui sont libres. Evidemment, la personnalité et les centres d’intérêts de la facilitatrice vont énormément « teinter » le cercle. C’est pour cela qu’on peut dire qu’il y a autant de couleur de cercles que de facilitatrices ! Certaines vont avoir une après très spirituelle, d’autres peu, ou pas du tout. Moi par exemple, je propose systématiquement une activité créative inspirée de l’art-thérapie. Il y a aussi toujours un chant (parfois plus). Là où d’autres pourraient par exemple proposer une transmission de connaissances sur un sujet précis, un rituel, ou une activité corporelle inspirée du yoga ou de la danse…

Comment y participer ?

J’ai envie de répondre « il suffit de s’inscrire », mais au fil des discussions j’ai réalisé que ce n’est pas forcément si simple que cela. Comme le contenu et la qualité du cadre de chaque cercle dépend de sa facilitatrice, qu’il n’existe pas de formation reconnue, mais aussi que l’on ne sait pas toujours où trouver les informations des cercles existants près de chez soi, il n’est pas toujours aisé de savoir où aller ni à qui s’adresser.

Il m’est malheureusement arrivé de participer à des cercles où le cadre de base n’était pas respecté (confidentialité, et écoute non-jugeante). C’est d’ailleurs ce qui m’a poussée à proposer ma propre transmission pour celles qui voudraient organiser des cercles mais qui ne savent pas forcément par quoi commencer ou comment s’y prendre.

Et mon conseil pour une personne qui souhaiterait participer à un cercle, ce serait de se renseigner sur les propositions autour de chez elle (pourquoi pas en commençant par taper « cercle de femmes » et le nom de sa ville dans son moteur de recherche), et de voir si les présentations proposées lui donne envie ou non. Et de s’écouter… si sur le moment, elle sent que ce qui est proposé dans le cercle ne lui convient pas, alors il ne faut pas se forcer à revenir. Vous êtes l’experte de vous-même ;)Si vous avez la possibilité d’essayer plusieurs cercles, c’est l’idéal pour voir quelle formule et quelle dynamique vous convient le mieux.

Quels sont les sujets abordés lors des rencontres ?

A ce jour, je ne propose que des cercles sans thématique prédéfinie. J’aime que les participantes puissent venir déposer ce qui est présent, vibrant ou encombrant sur le moment. Ceci dit, il y a bien sur des sujets récurrents, liés à la confiance en soi, le poids du regard de la société et de ses attentes inatteignables, la sexualité, la maternité, la grossesse, l’accouchement, les règles, les violences dont on a été victimes, les difficultés relationnelles que l’on rencontre (avec sa ou son partenaire, ses proches, au travail…). 

Quel bienfait cela apporte aux participantes ?

Je pense que nous souffrons tous et toutes d’un manque d’écoute. Nous avons besoin d’être écouté.es sur les difficultés et les émotions que nous traversons. Le cercle de paroles nourrit fortement ce besoin.

Un autre bienfait que je trouve fabuleux, c’est que dans cet espace de non-jugement, où chacune parle d’elle (une des invitations toute simple et tellement efficace, est de commencer ses phrases par « Je », pour parler de soi, partir de soi), les vérités de toutes les participantes peuvent coexister. 

De plus, ce que les partages des autres participantes peuvent faire résonner en nous est très puissant. 

Un cercle peut aider chaque participant ou participante à déposer quelque chose dont il ou elle ne veut plus (une émotion, un événement douloureux, une souffrance), à panser des blessures, à gagner en clarté. En cela, c’est thérapeutique et on peut parler de la médecine de la parole.

Concernant spécifiquement les cercles de femmes : s’exprimer et être entendue en tant que femme n’est pas simple – voir très compliqué – dans notre société patriarcale. Nous sommes nombreuses à ne pas oser prendre la parole, car des hommes vont nous couper la parole, ou contester nos propos (#mansplaining #manterrupting). Avoir un espace où l’on peut mettre en commun et partager nos paroles et nos expériences de femmes est précieux. C’est un moyen de nous réapproprier notre légitimité, à nous sentir dans un fort lien de sororité, et à nous concentrer sur nos idées.

Pourquoi réserver ces rencontres aux femmes et que répondre aux hommes qui souhaiteraient y participer ?

Comme je l’explique ci-dessus, nous avons besoin en tant que femmes d’espaces dans lesquels nous pouvons nous réapproprier notre légitimité, nos idées, notre parole. Ceci-dit, je sais que les hommes ont aussi besoin de poser des mots sur leurs émotions, sur leurs difficultés, ont aussi besoin d’être écoutés, et d’être en lien. Alors je dirais à un homme qui souhaiterait participer de rejoindre un cercle d’hommes, ou au besoin, de le créer !

Si on a envie d’en animer à son tour, comment procéder ?

A mon sens il est important d’avoir travaillé sa posture, pour pouvoir poser un cadre qui soit sécurisant pour toutes les participantes, et pour nous-même, ainsi que son écoute empathique. Ainsi peut-être qu’une thérapeute, qui aura elle-même participé à des cercles et qui aura déjà affiné ces compétences se sentira de se lancer et proposer son cercle. 

Sinon il existe plusieurs formations et transmissions qui peuvent vous accompagner sur ce projet. Il y en a pour tous les budgets et pour différents profils … en ligne, en immersion, … 

Pour ma part je propose une transmission sur trois jours, qui sont avant tout 3 jours pour soi, hors du temps, et qui sont fondateurs à vivre avant de proposer à son tour un espace pour accueillir la parole et la vulnérabilité d’autres femmes. Mon objectif est que les participantes repartent avec tout le vécu et tous les outils nécessaires pour mettre en place des cercles, de A à Z. C’est à dire que l’on va travailler bien sur la posture de la facilitatrice, l’écoute empathique, comment poser un cadre sécurisant et gérer les éventuels conflits ou difficultés qui pourraient émerger au sein d’un cercle. Nous allons parler de l’utilisation du bâton de parole, des différents cercles et de leur histoire. Mais je vais aussi inviter les participantes à réfléchir à la couleur, l’identité de leur cercle, riche de leurs spécificités. Et j’aborde aussi tout l’aspect pratique : la logistique, l’organisation, la gestion du temps, ainsi que la communication.

As-tu autre chose à ajouter ?

Eh bien avant tout, je t’adresse un grand merci de m’avoir donné cet espace pour m’exprimer sur un de mes sujets préférés ! Je constate que j’ai vraiment envie de partager sur ce sujet. Je rêve qu’il y ait des cercles de femmes dans chaque village, chaque quartier !

Et pour celles qui souhaitent en savoir plus sur les cercles que je propose et sur la transmission « facilitatrice de cercles », je vous donne rendez-vous sur mon site internet : https://ameliechambinaud.wixsite.com/monsite/about-3

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Pauline Hanfi CZT coach en magie créative

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