En juin 2026, j’ai validé mon diplôme sur le Mandala en Art-thérapie proposée par l’Institut de Psychologie Analytique :
Cette formation m’a profondément touchée — bien au-delà de ce que j’anticipais. Elle a ouvert pour moi un espace de réflexion sur la façon dont le mandala peut devenir un véritable outil d’accompagnement, et je cherche depuis à l’intégrer à ma trousse à outils créative. Progressivement, il m’accompagne sur deux chemins distincts : en séance individuelle, le mandala en lâcher-prise est une superbe invitation à la connexion à soi-même ; et dans mes programmes en ligne, il m’inspire une manière originale de te guider en toute autonomie — pour t’offrir des idées et des clefs créatives, tout en favorisant ton propre dialogue intérieur. Je t’en dis plus à la fin de l’article.

En attendant, laisse-moi te présenter qui était Jung, pourquoi sa pratique du mandala est si particulière, et comment toi aussi tu peux t’en inspirer pour te sonder par l’art.
Qui était Jung ?
Carl Gustav Jung naît en 1875 en Suisse, dans une famille de pasteurs. Très tôt, il est habité par deux mondes : celui, rationnel, de la médecine qu’il étudie, et celui, intérieur, des rêves, des symboles, du sacré, qui ne le quittera jamais. Il devient psychiatre, puis rencontre en 1907 un homme qui va bouleverser sa trajectoire : Sigmund Freud.
Pendant plusieurs années, les deux hommes nourrissent une relation intense, presque filiale. Freud voit en Jung son héritier naturel, celui qui portera la psychanalyse au-delà du cercle viennois. Mais leurs visions divergent en profondeur. Là où Freud centre tout sur la sexualité et le passé personnel, Jung pressent quelque chose de plus vaste : un inconscient qui ne serait pas seulement individuel, mais aussi collectif, peuplé d’images universelles. La rupture survient en 1913. Elle est douloureuse, presque une déchirure intime, et elle plonge Jung dans plusieurs années de profonde crise intérieure — ce qu’il appellera lui-même sa « confrontation avec l’inconscient ».
C’est de cette traversée, entre 1913 et 1918, que naît la psychologie analytique, sa propre école de pensée. Jung y développe des concepts qui nous sont aujourd’hui familiers : l’introversion et l’extraversion, l’anima et l’animus, l’ombre, le processus d’individuation — ce chemin par lequel chacune de nous devient pleinement elle-même, en intégrant peu à peu toutes les parts de son être. Et au cœur de cette crise, un objet va devenir sa boussole silencieuse : le mandala.
📖 Pour aller plus loin : Jung raconte lui-même cette traversée dans son autobiographie Ma vie. Souvenirs, rêves et pensées (recueillie par Aniela Jaffé, 1961).
Les grandes idées de Jung : voyager en soi, entre transe, archétypes et mémoire collective

Pendant ses années de crise, Jung se livre à une expérience radicale qu’il nomme l’imagination active : il se laisse délibérément glisser vers des états proches de la transe, accueille les images intérieures qui surgissent, dialogue avec elles plutôt que de les fuir ou de les analyser froidement. De cette plongée naîtront les pages somptueuses du Livre Rouge (Liber Novus), où se mêlent visions, figures mythologiques et peintures — resté inédit pendant près d’un siècle avant sa publication en 2009.
📖 Le Livre Rouge — Liber Novus, C. G. Jung (éd. Sonu Shamdasani, 2009, La Compagnie du Livre Rouge / Éditions du Hasard)
L’usage que Jung fait de la transe trouve ses racines bien avant sa rupture avec Freud. Jeune médecin, il avait déjà consacré sa thèse aux phénomènes dits « occultes », observés chez sa cousine médium — un terrain qui le fascinait sans jamais le convaincre d’une explication surnaturelle : il y voyait plutôt une fenêtre ouverte sur des couches profondes de la psyché, encore inexplorées par la science de son temps. Quand surviennent ses propres années de crise, il choisit délibérément de se replonger dans ces états modifiés, mais cette fois en pleine conscience et en toute sécurité : il s’installe, ferme les yeux, laisse descendre la tension de l’esprit jusqu’à ce que des images, des voix, des figures presque autonomes se manifestent à lui — il en nommera certaines, comme le sage Philémon, qui devint pour lui une sorte de guide intérieur. Ce qui distingue sa transe d’un simple abandon, ou pire, d’une perte de contrôle, c’est qu’il garde toujours un fil conscient, une part de lui qui observe et qui peut, à tout moment, revenir vers la surface. C’est précisément cette vigilance douce, ce mélange de lâcher-prise et de présence, qui rend la pratique transposable — et qui en fait, encore aujourd’hui, une porte d’entrée sûre vers notre propre intériorité, dessin après dessin.
Ce que Jung nomme l’imagination active n’est pas une simple rêverie qu’on laisse filer. C’est une pratique précise : se laisser glisser dans un état de relâchement proche de l’hypnagogie — cet entre-deux fragile entre veille et sommeil — accueillir l’image qui surgit, puis, point essentiel, dialoguer avec elle au lieu de la laisser disparaître comme un rêve ordinaire. On l’écrit, on la peint, on la laisse se transformer sous nos yeux. C’est cette part active et consciente qui distingue sa méthode du simple songe nocturne, et qui en fera, bien plus tard, l’une des bases de l’art-thérapie.
Jung observe alors que certaines images reviennent, semblables, chez des personnes qui n’ont jamais pu se rencontrer ni se connaître, à travers les époques et les cultures. Il en déduit l’existence d’un inconscient collectif, une couche psychique commune à toute l’humanité, peuplée d’archétypes — des figures et motifs universels (la mère, le sage, l’ombre, le héros, le cercle…) qui traversent les rêves, les mythes et les œuvres d’art du monde entier. Le mandala, ce cercle sacré que l’on retrouve aussi bien dans le bouddhisme tibétain que dans les rosaces de nos cathédrales, en est pour lui l’une des manifestations les plus parlantes : un archétype de l’unité et du centre, qui surgit spontanément chez l’être humain en quête d’équilibre intérieur.
Pour mieux comprendre sa pensée, quelques repères valent la peine d’être posés. L’archétype, d’abord, n’est pas une image figée mais un moule psychique vide, une prédisposition héritée à percevoir le monde d’une certaine façon — l’archétype de la Mère, par exemple, ne désigne aucune mère précise, mais le schéma universel que chaque histoire personnelle vient ensuite remplir à sa manière. L’ombre, elle, rassemble tout ce que nous refoulons de nous-mêmes, tout ce que nous préférons projeter sur les autres plutôt que d’assumer — et Jung en faisait une étape incontournable du chemin vers soi. Le Soi enfin (à distinguer du simple « moi ») désigne la totalité de la psyché, consciente et inconsciente réunies : c’est précisément ce centre que le mandala vient symboliser, ce point d’unité vers lequel toute la personnalité cherche, sans cesse, à s’organiser.
📖 Pour une entrée accessible dans ces notions : L’Homme et ses symboles, C. G. Jung (dir., 1964) — l’ouvrage que Jung a conçu, à la fin de sa vie, pour rendre sa pensée lisible à toutes et tous.
Pour Jung, le mandala n’était d’ailleurs pas réservé au papier. Il pouvait se déployer dans n’importe quel médium, du moment qu’il y retrouvait ce même principe : un centre, une circularité, une organisation qui ramène à l’unité. Il s’intéressait par exemple à certaines danses rituelles et méditatives, où la circularité du mouvement reproduit dans l’espace ce que le crayon trace sur la page — un autre chemin vers le même archétype, par le corps plutôt que par le trait.
Mais l’exemple le plus saisissant reste sans doute la Tour de Bollingen. À partir de 1923, au bord du lac de Zurich, Jung construit de ses propres mains une tour de pierre qu’il agrandira par étapes, pendant près de trente ans — chaque ajout correspondant à une étape de son évolution intérieure. Il la décrivait lui-même comme une véritable « confession de pierre » : un mandala habité, où l’architecture circulaire et les pièces organisées autour d’un centre donnaient corps, à l’échelle d’un bâtiment entier, à ce que ses dessins du matin donnaient corps sur le papier. La preuve la plus spectaculaire que pour lui, le mandala n’était jamais un simple motif décoratif — mais une structure psychique universelle, capable de s’incarner dans la pierre comme dans le mouvement ou le trait de crayon.

Sa pratique du mandala : une création intuitive par jour
C’est ici que l’histoire devient particulièrement touchante. Pendant ses années de bouleversement intérieur, Jung prend une habitude toute simple : chaque matin, il esquisse dans un carnet un petit dessin circulaire, sans plan ni intention esthétique. Il écrira plus tard, dans ses mémoires, qu’à l’aide de ces dessins il pouvait observer ses transformations psychiques de jour en jour. Ce n’est que peu à peu qu’il comprendra ce qu’il faisait : ces formes correspondaient à son état intérieur du moment. En les observant se transformer, il pouvait suivre, comme sur un fil, ses propres mouvements intérieurs.
Il existe une nuance importante entre la pratique de Jung et l’usage qu’on fait traditionnellement du mandala dans le bouddhisme tibétain. Ce dernier est un mandala structuré : sa géométrie, ses couleurs, ses divinités sont codifiées avec précision, transmises de maître à élève, reproduites à l’identique depuis des générations — il s’agit d’un support de méditation construit, pas d’une création spontanée. Les premiers mandalas de Jung, eux, sont à l’inverse totalement intuitifs : des formes libres, parfois irrégulières, dictées par rien d’autre que son état intérieur du jour. Mais avec le temps, Jung observe un phénomène qui le fascine : ses propres dessins, partis d’un trait libre et chaotique, se mettent peu à peu à se structurer d’eux-mêmes, à gagner en symétrie, en ordre géométrique — sans qu’il l’ait cherché. En comparant ensuite ses créations aux mandalas tibétains et à d’autres traditions du monde entier, n’ayant eu connaissance d’aucune entre elles, il y reconnaît les mêmes formes fondamentales : le cercle, le carré, le centre. Pour lui, ce n’est pas une coïncidence : c’est la preuve vivante que la forme structurée du mandala n’est pas une simple convention culturelle, mais l’expression naturelle d’un imaginaire collectif — celui-là même que toute psyché humaine, livrée à elle-même, finit par retrouver.
Il ne s’agissait pas de « faire joli », ni de copier un modèle existant — Jung était même très clair sur ce point : reproduire le mandala de quelqu’un d’autre n’a aucune valeur thérapeutique, c’est seulement la création qui jaillit de l’intuition du moment qui porte du sens. Le mandala n’était pas une image à regarder, mais un acte à vivre. Une manière de donner forme à l’informe, de poser un centre quand tout, autour, semblait vaciller.
📖 Jung a développé sa théorie du mandala dans Mandala Symbolism (recueil d’essais, dont « Concerning Mandala Symbolism », 1950) ainsi que dans son commentaire du Secret de la Fleur d’Or (avec Richard Wilhelm, 1929), où il publie pour la première fois — de façon anonyme — quelques-unes de ses propres peintures du Livre Rouge.
Je me suis demandée, et peut-être toi aussi : Pourquoi le cercle, justement, et pas une autre forme ? Il y a quelque chose de presque physiologique dans ce choix. Un cercle n’a ni début ni fin : l’œil n’a nulle part où « sortir », il est happé, doucement, vers le centre. Contrairement à une page blanche qui ouvre un vide vertigineux, le cercle pose d’emblée une limite contenante — un espace protégé à l’intérieur duquel on peut se laisser aller sans se perdre. C’est peut-être là tout son secret : le mandala offre un cadre suffisamment sécurisant pour que l’esprit cesse de surveiller, et suffisamment ouvert pour que l’intuition s’exprime librement à l’intérieur. On ne cherche plus à « réussir » un dessin, on cherche simplement à remplir un espace qui, lui, nous ramène inlassablement vers notre propre centre. C’est ce que Jung appelait, à sa façon, le « pouvoir » du mandala : non pas une magie extérieure ou surnaturelle, mais cette capacité bien réelle qu’a la forme circulaire à organiser le chaos intérieur, à donner un ordre temporaire à ce qui, en nous, semblait épars. Le cercle ne crée rien depuis l’extérieur — il révèle ce qui, en nous, demandait simplement un espace pour se montrer.
Plus tard, dans sa pratique clinique, Jung encouragera ses patientes et patients à faire de même : dessiner, peindre, écrire leur propre mythologie intérieure, sans souci de performance ni de beauté. C’est exactement la graine que je sème, à ma façon, dans Magie Créative depuis le début.
Et si tu essayais, toi aussi ?

Voilà l’invitation, douce et sans pression : choisis le moment qui te correspond — le matin avant que le monde ne s’agite, le soir pour déposer la journée, ou n’importe quel instant volé entre deux tâches — et crée un mandala par jour, pendant un mois. Pas pour qu’il soit beau. Pas pour qu’il ressemble à celui d’hier ou à celui d’une autre. Juste pour qu’il te ressemble, toi, à cet instant précis.
Tu n’as pas besoin de matériel sophistiqué, ni de talent particulier — tu n’es pas une machine, et c’est précisément dans l’imperfection du trait que se loge la vérité de ce mois-là.
Si la régularité te glisse entre les doigts, si l’inspiration se fait timide, sache que je prépare tranquillement un programme complet pour t’accompagner en toute autonomie… Ca t’intéresse ?
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